L'autre jour, patientant à une caisse de supermarché, j'entendis bien malgré moi, la conversation de deux charmantes vieilles dames, se demandant quel était le sapin à acheter : valait-il mieux un artificiel ou un naturel ? Et s'il était artificiel, un vert ou un blanc ?
Bref, toutes ces questions m'ont d'un coup ramené quelques années en arrière, au temps où je tenais des rubriques diverses et variées dans le journal "toutes boîtes" AZ et distribué un peu partout en belgique. Pour contrer l'effet comparatif et casser un peu la routine, j'avais imaginé un petit conte de Noël que voici :
L'eusses-tu cru que mon père fut sapin ?
Ou l'histoire très artificielle d'un arbre de Noël
Il était une fois, un roi dans la forêt.
Tout au moins, c'est ainsi qu'aurait du être l'histoire. Mais, comme rie n'est jamais simple, il n'était en fait qu'un prince du prêt à utiliser.
Oh, c'était un beau sapin, cela ne faisait aucun doute, ça ne se discutait même pa. Mais voilà, face à ses frères de race, venant des grandes et belles forêts, il semblait menu, ridicule... Bref, en toc !
Et pourtant, il avait depuis longtemps déjà acquit ses lettres de noblesse.
Copie conforme de ses ancêtres "originaux", il offrait par ailleurs l'avantage non négligeable de ne pas se déplumer ("ils" disaient : perdre ses épines.), chaque jour que Dieu faisait.
De plus, cela lui permettait de trôner chaque année au milieu du salon, et non pas de finir dans une benne ou un container comme nombre de ses sembables au naturel !
Il se déclinait en outre dans des tons variés, passant allégrement du vert au bleu, sans oublier le blanc neigeux.
Il pouvait également être de taille normale, naine ou géante, peu lui importait.
Une fois son emplacement trouvé (qui changeait d'ailleurs le plus souvent d'année en année), sa famille d'accueil s'affairait à ses pieds.
Guirlandes, bougies et boules s'amassaient, prêtes à décorer ses branches synthétiques. Ce qui, entre nous, le rassurait, car, combien de fois ne lui était revenues aux oreilles, ces histoires d'incendies, causés par la surchauffe de lucioles et autres bougies sur les branches séchées de ses bons vieux frères de bois.
Pour lui, pas de soucis, il ne pouvait, à la limite, que fondre de l'une ou l'autre de sxs épines, et encore, tout cela n'était pas bien grave, la plupart du temps on ne s'en apercevait même pas !
Enfin, les enfants de la maison installaient ce qu'ils appellent une crèche à ses peids.
Mais oui, vous savez, cette petite étable où se retrouvent côte à côte, un âne et un boeuf, un homme et une femme (non, pas ceux de Lelouch !), se prénommant, il lui semble, Joseph et Marie.
Regardez-les couver des yeux leur nouveau-né. n'est-il pas le plus beau des angelots ? Jésus est son nom !
Non, décidemment, il ne pouvait imaginer plus belle vie plastique que celle-ci. Et puis, comme ne pas s'émouvoir devant les regards émerveillés des enfants s'extasiant devant lui, face aux cadeaux déposés sous ses branches ?
Sans oublier ces chants de bonheur et ces cantiques, ces gestes tendres, ces embrassades...
Ah oui vraiment, une vie de sapin artificiel, c'était tout ce qu'il souhaitait ! Et revenir encore et encore, passer d'autres réveillons aussi merveilleux, tel était bien son voeu le plus cher !