Néanmoins, une chose m'a frappé lors de son décès. Malgré le déferlement médiatique qu'il a suscité, bien peu de jeunes la connaissaient. Je n'en veux pour preuve, que la réaction des deux ados qui vivent sous mon toit et de leurs copains-copines.
Pour eux, Emmanuelle, ce n'était pas la s½ur qui avait consacré une grande partie de sa vie aux plus pauvres d'entre les pauvres, mais, vous l'aurez sans doute deviné, la vedette de films érotiques. Eh oui !
Je ne sais pas pourquoi, lorsque je les ai entendus me répondre de la sorte, j'ai immédiatement pensé à la chanson que Pierre Bachelet avait consacré à cette icône des films roses des années 70. Et tout à coup, je me suis entendu fredonner : « Mélodie d'amour, chante le c½ur d'Emmanuelle ». Détail amusant, j'avais remplacé le corps par le c½ur, ce qui était nettement plus approprié en la circonstance.
En poussant mon raisonnement plus loin (pas sur la similitude des prénoms, mais sur la non-connaissance de S½ur Emmanuelle), je me suis également rendu compte qu'elle n'était, tout comme l'abbé Pierre, vraiment connue qu'en francophonie.
Il fallait chercher longtemps pour trouver trace de sa disparition dans les colonnes des journaux d'outre-manche, aux États-Unis ou même en Italie, en Espagne et en Allemagne. Sans parler des journaux égyptiens, pays où elle passa pourtant une bonne partie de sa vie dans les bidonvilles du Caire.
Il est quand même navrant de penser que même pour ceux qui vouent leurs vies aux plus démunis d'entre-nous, il existe une hiérarchie dans la mort. S½ur Térésa eut droit aux hommages de la planète média dans son entièreté. Ne parlons pas de Jean-Paul II, qui, bien qu'il fut Pape, n'a sans doute pas fait le quart de ce qu'ont fait S½ur Emmanuelle et l'abbé Pierre pour leurs contemporains dans la misère.
Hélas, il en est ainsi dans ce bas monde où le règne des médias choisit ceux qui ont droit aux honneurs internationaux, même posthumes.
Que cela ne nous empêche pas de continuer à suivre les traces qu'ont laissés ces deux êtres humains, nous incitant à ne jamais oublier notre prochain qui n'a rien. Yalla !