Lorsqu'ils se sont rencontrés, c'était la fin des années trente.
Les bruits de bottes ne se faisaient pas encore trop entendre à l'horizon, mais celui-ci s'obscurcissait néanmoins pour de bon.
Mais ces deux là n'en avaient que faire.
Heureux de vivre, ils passaient, comme la plupart des jeunes gens de cette époque, le plus clair de leurs rares moments de détente, à se balader à vélo, moyen de locomotion leur permettant de s'adonner à un sport tout en leur offrant une évasion à bon marché.
C'est ainsi qu'ils firent connaissance.
Lui français, elle belge, réunis par l'amour de la bicyclette, des promenades au grand air et du bon temps entre amis.
En 1938, ils convolèrent et s'installèrent en Belgique, à Tournai.
Fils de boulanger, le jeune marié, ouvrit commerce et vendit à son tour pains et pâtisseries.
Le jeune couple faisait des projets d'avenir et attendait leur premier enfant.
Et la guerre arriva.
Il fut mobilisé et partit rejoindre le front.
Elle, prit le chemin de l'exode et mit au monde une petite fille.
Pendant des mois, ils ne surent ni l'un, ni l'autre ce qu'ils étaient devenus.
Elle lui écrivit des lettres en poste restante, qu'il ne reçut... Qu'à son retour !
J'ai eu l'occasion de parcourir l'une d'elle récemment.
Elle lui annonçait l'arrivée de leur petite fille et lui disait tout son amour avec une tendresse comme l'on n'en voit plus guère aujourd'hui que chez les vieux couples.
Puis les années passèrent. Ils eurent une autre petite fille et quatre petits-enfants.
Elle a rejoint le paradis en 1984, lui l'an dernier.
Lorsqu'elle est partie, c'est la seule fois dans sa vie d'homme où il pleura comme un enfant.
Quelques temps plus tard, il refit sa vie.
Elle le savait. L'avait souvent répété, qu'il n'était pas fait pour vivre seul.
Quand il est parti la rejoindre, les siens retrouvèrent quantité de souvenirs se rapportant à leur passé commun.
De lettres en photos, de souvenirs en petits riens, l'essentiel d'une vie à deux.
Aujourd'hui, ils sont à nouveau réunis.
Et comme j'ai la faiblesse de croire en une vie après la mort, j'aimerais, en ce jour de la Saint Valentin, souhaiter une heureuse fête à ces amoureux de l'au-delà.
A elle, ma grand-mère maternelle, femme d'une bonté et d'une tendresse infinie, qui cinq années durant fut le centre de ma vie, à lui, mon grand-père, homme au grand charisme et au caractère bien trempé, qui m'inculqua bien des valeurs et m'offrit durant les dix dernières années de sa vie, le plus beau des présent, les souvenirs d'une vie d'homme.